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La situation

Comprendre la situation exige d’accepter de regarder le système tel qu’il est, non tel que nous souhaiterions qu’il soit.

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Principal message de cette section: 

La crise écologique mondiale est réelle, documentée et existentielle et seule une transformation systémique de nos sociétés peut y répondre.

L'état critique de la vie sur Terre

  • Crowther, T., Glick, H., Covey, K. et al. Mapping tree density at a global scale. Nature 525, 201–205 (2015). https://doi.org/10.1038/nature14967

  • IPBES (2019), Global assessment report of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, Brondzio, E. S.,Settele, J., D.az, S., Ngo, H. T. (eds). IPBES secretariat, Bonn, Germany. 1144 pages. ISBN: 978-3-947851-20-1 Lien vers rapport

  • WWF (2024) Living Planet Report 2024 – A System in Peril. WWF, Gland, Switzerland- Lien vers rapport

En ce moment, les espèces disparaissent à un rythme de 1000 à 10 000 fois plus élevé que le rythme d'extinction naturel.

Living planet index  - Indice de santé de la biosphère  par rapport à 1970 - WWF

Une situation que de plus en plus de scientifiques qualifie de 6e extinction de masse de la planète Terre, voir la 1ère grande extermination

À l'échelle planétaire, la biomasse anthropique — constituée des humains et des espèces animales qui leur sont inféodées (bétail et animaux de compagnie) — exerce désormais une hégémonie absolue, représentant environ 95% de la biomasse mammalienne mondiale et reléguant l'ensemble de la faune sauvage à une fraction marginale.(graphique ci-dessous 👇)

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Bilan de santé​ des limites planétaires

Les limites planétaires, cadre scientifique élaboré par le Stockholm Resilience Center, indique jusqu’où l’humanité peut modifier l’environnement sans risquer de dérégler gravement la planète et de compromettre les conditions nécessaires à la vie (biosphère).

 

En date de septembre 2025, 7 des 9 limites identifiées ont déjà été franchies.

Ces limites planétaires représentent les piliers de l'habitabilité de la planète. ​

 

En suivant la trajectoire actuelle du modèle de développement dominant à l'échelle planétaire (extraction des ressources, destruction des habitats, pollution), les conditions qui rendent possible une vie riche et diversifiée sur Terre (biosphère) sont en train de disparaître.

Pour aller plus loin: 

État de la santé planétaire (septembre 2025)

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planetary health 2025 (PIK)

Perspectives sociétales sur les limites planétaires

Scientifiques

La communauté scientifique parle désormais d’une "urgence tous azimuts" (octobre 2024).

Plus de 15 000 chercheurs ont signé un manifeste manifeste (Version française) pour donner l'heure juste par rapport à la gravité de la situation. 

 

Il s’agit du quatrième appel collectif de la communauté depuis le Sommet de la Terre à Rio en 1992

  1. 1992,

  2. 2017 (résumé),

  3. 2020,

  4. 2024.

Aujourd'hui, ces experts appellent les citoyens à s’engager activement, et nombre d’entre eux prennent eux-mêmes la parole publique pour alerter et mobiliser

Agences de renseignement & prospective

 

Selon un rapport du Joint intelligence committee du Royaume-Uni publié en janvier 2026(1), la dégradation de la biosphère agit désormais comme un multiplicateur de menaces. L'effondrement des écosystèmes déclenche des cascades de risques systémiques interconnectés, provoquant simultanément l'insécurité alimentaire et hydrique, la rupture des chaînes d'approvisionnement, des migrations massives et une instabilité géopolitique mondiale sans précédent.

 

Au Canada le constat est similaire. Horizons de politiques Canada dans le rapport "Perturbations à l'horizon" publié en 2024 fait une évaluation des 35 plus grands risques de perturbation pour le Canada sur la prochaine décennie. L'agence de prospective a classé « la perte de biodiversité et l'effondrement des écosystèmes » comme le deuxième risque le plus probable et ayant le deuxième impact le plus élevé.

Acteurs des différents milieux de la société

Selon un sondage du World Economic Forum, les différents groupes d'acteurs de la société estiment que les plus grands risques des 10 prochaines années sont reliés au dépassement des limites planétaires.

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Global Risks Report 2026 | World Economic Forum. (2026). World Economic Forum. https://www.weforum.org/publications/global-risks-report-2026/

Organisation des Nations-Unies (ONU)

 

Le rapport « Making Peace with Nature » (UNEP, 2021) synthétise les principales évaluations scientifiques mondiales sur le climat, la biodiversité et la pollution pour montrer que ces crises interconnectées menacent directement le bien-être humain et la stabilité de la planète. Le mot d'ouverture du rapport par le secrétaire général de l'ONU résume la situation: "L’humanité mène une guerre contre la nature. C’est insensé et suicidaire.".

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United Nations Environment Programme. (2021). Making Peace with Nature : A Scientific Blueprint to Tackle the Climate, Biodiversity and Pollution Emergencies. United Nations. https://www.unep.org/resources/making-peace-nature

Le rapport parle d'un état d'urgence planétaire, il appelle à transformer en profondeur nos systèmes économiques et sociaux afin de respecter les limites planétaires pour garantir un avenir à l'humanité.

Antonio Guterres

Secrétaire Général - Organisation Nations Unies - 

​​

  • Discours des priorités 2023 - 6 février 2023​: L’année 2023 est une année charnière.  Elle doit être celle d’une action climatique qui change la donne. 
    Il nous faut une révolution pour stopper la destruction
    .​

L'habitabilité de la terre pour soutenir les civilisations humaines complexes et une biodiversité riche est en jeu au cours des prochaines décennies.

La situation est d'une gravité sans précédent dans l'histoire.

Elle constitue le défi existentiel de l'humanité.

Steffen, W., Rockström, J., Richardson, K., Lenton, T. M., Folke, C., Liverman, D., Summerhayes, C. P., Barnosky, A. D., Cornell, S. E., Crucifix, M., Donges, J. F., Fetzer, I., Lade, S. J., Scheffer, M., Winkelmann, R., & Schellnhuber, H. J. (2018). Trajectories of the Earth System in the Anthropocene. Proceedings of the National Academy of Sciences, 115(33), 8252‑8259. https://doi.org/10.1073/pnas.1810141115

Les causes profondes

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Principal message de cette section: 

La crise écologique est le symptôme d'un rapport au monde dominant qui conçoit la nature comme une ressource à exploiter, concentre le pouvoir entre quelques mains, et sacrifie l'avenir pour des gains immédiats. 

Jorge Mario Bergoglio

Pape Francois - Vatican

Laudato si', §101 (2015)  Il est vain de décrire les symptômes si l'on ne reconnaît pas la racine humaine de la crise écologique. 

Nous faisons face à un wicked problem (problème pernicieux) : une crise complexe et mouvante, irréductible à de simples failles technico-économiques. Elle exige de dépasser la gestion de surface pour questionner l'architecture même de notre civilisation dans son ensemble.

 

Comme le souligne le penseur autochtone Ailton Krenak, cette crise trouve sa source dans un « abîme cognitif » dicté par nos mythes fondateurs. La crise écologique n'est donc pas qu'un simple problème de gestion de ressources : elle est le symptôme visible de la manière dont notre société conçoit sa relation à la Terre, ce qui a de la valeur, comment elle habite la réalité et interagit avec le tissu de la vie.

​​C'est précisément le constat au cœur du rapport de l’IPBES  (l'équivalent du GIEC pour la biodiversité) sur le changement transformateur (résumés 1,2,3). Comme l'illustre le schéma ci-dessous, ce groupe de 101 experts de 42 pays a résumé les 3 causes profondes du déclin de la biosphère, en démontrant de quelle manière nos visions du monde et nos valeurs constituent la racine même de la crise, conditionnant toutes nos autres actions. ​​​

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​Causes sous-jacentes, facteurs indirects et facteurs directs de la perte de  biodiversité et du déclin de la nature

IPBES (2024). Summary for Policymakers of the Thematic Assessment Report on the Underlying Causes of Biodiversity Loss and the Determinants of Transformative Change and Options for Achieving the 2050 Vision for Biodiversity of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES secretariat, Bonn, Germany. DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.11382230

Pour comprendre notre trajectoire destructrice actuelle, il faut observer l'interaction entre ces trois dynamiques profondes qui se renforcent mutuellement :

🌿 1. La déconnexion: Le mythe fondateur de l'exceptionnalisme humain 

L’Anthropocène se caractérise par une relation extractiviste à la Terre, enracinée dans les mythes fondateurs de la pensée européenne moderne — du mercantilisme aux Lumières, puis à l’industrialisation.

Ce schéma culturel a créé une séparation artificielle entre la nature et la culture :

  • Il considère l’humain comme extérieur et supérieur au reste du vivant.

  • Il réduit la nature à une réserve inépuisable de ressources à exploiter plutôt qu'à un tissu de relations (Gaïa) dont nous faisons partie intégrante.

Cette vision du monde n’a rien d’universel. Elle s’est imposée de façon hégémonique, en marginalisant d’autres cosmovisions — notamment autochtones — fondées sur des ontologies relationnelles (l'existence n'est pas faite de substances fixes, mais de dynamiques, d'alliances et d'enchevêtrements), où les vivants participent d’un engendrement mutuel.

Cette déconnexion ne relève donc pas d’un choix individuel : elle s’inscrit dans des héritages historiques et des structures sociales anciennes. Comme l'explique Luke Kemp dans le livre Goliath's Curse (1,2), cette rupture remonte aux premières sociétés agraires où l'apparition de surplus a permis l'émergence de ce qu'il nomme les « Goliaths » : des sociétés hiérarchiques fondées sur la concentration du pouvoir: la domination, la coercition et l'extraction des richesses.

 

Le contrôle de l’environnement et l’accumulation s'y sont normalisés lorsque des élites ont structuré le pouvoir autour de trois piliers extractifs : des ressources pouvant être pillées, le monopole de la violence (armes), et des terres circonscrites (« caged land ») empêchant la fuite des populations. Dès lors, l'organisation sociale a fonctionné comme une forme d'extorsion institutionnalisée (premiers empires & colonialisme), écrasant les communautés égalitaires par des sociétés construites autour de hiérarchies de dominance.

Mais ce mythe n’aurait pas pu s’imposer avec autant de force et à l'échelle planétaire sans un puissant moteur matériel : le surplus énergétique. D’abord agricole, puis amplifié de façon spectaculaire par les énergies fossiles, ce surplus a permis aux sociétés humaines de dépasser temporairement certaines contraintes biophysiques. Il a ainsi renforcé l’illusion que l’humanité pouvait s’extraire des lois du vivant, en s’appuyant sur l’énergie et la technique pour dominer ou remplacer la nature.

Ce système a justifié ses dérives en récupérant le mythe de la "survie du plus apte". Or, comme le rappelle le penseur autochtone Krenak, cette vision linéaire et compétitive occulte la véritable nature de l'évolution : la vie ne prospère pas par la domination et l'élimination de l'autre, mais par la symbiose, l'entraide et l'engendrement mutuel

🏦 2. La concentration du pouvoir et de la richesse - le verrouillage du système

Les « Goliaths » des premières sociétés agraires n'ont pas disparu ; ils ont simplement muté. L'extorsion institutionnalisée des premiers empires, décrite plus haut, s'est métamorphosée en un système économique mondialisé où la concentration de la richesse atteint une dimension destructrice inédite. Comme l'a théorisé Murray Bookchin, fondateur de l'écologie sociale, l'idée même de dominer la nature découle intimement de la domination de l'humain par l'humain. Notre relation prédatrice à la Terre n'est donc que le miroir de nos hiérarchies sociales.

Cette dynamique de domination a été cimentée par le surplus énergétique. L'historien Andreas Malm (Fossil Capital) démontre d'ailleurs que la transition vers les énergies fossiles lors de la révolution industrielle n'était pas qu'une question d'efficacité technique : c'était avant tout un moyen pour les élites de s'affranchir des contraintes géographiques naturelles (comme l'eau ou le vent) afin de concentrer la production et de mieux discipliner la force de travail. La technologie et l'énergie fossile sont ainsi devenues les nouveaux instruments du monopole de la violence et du contrôle de l'environnement.

Aujourd'hui, cette concentration du pouvoir engendre ce que le chercheur Gregory Unruh nomme un « verrouillage techno-institutionnel » (carbon lock-in). Nos infrastructures physiques, nos marchés financiers et nos cadres légaux ont co-évolué avec le mythe extractiviste. Le système s'auto-entretient selon l'archétype systémique du « succès aux vainqueurs » : une minorité accumule les bénéfices économiques, ce qui lui permet d'acheter l'influence politique (capture réglementaire) et de façonner l'imaginaire collectif.

Cette asymétrie monumentale permet de figer les règles du jeu. En maintenant des incitatifs économiques alignés exclusivement sur l'accumulation privée à court terme, les élites transforment les institutions en boucliers qui protègent le statu quo et qui investissent littéralement dans la destruction de la biosphère.

 

Le verrouillage du système n'est donc pas un simple dysfonctionnement, mais l'aboutissement logique d'une architecture de pouvoir conçue pour bloquer toute transformation qui menacerait ses privilèges, rendant la transition vers une société écologiquement viable impossible sans une redistribution radicale du pouvoir. 

🧠 3. Gains individuels et court-termisme - La fabrique des comportements

Nos mythes et nos institutions verrouillées s'appuient sur une véritable colonisation de nos comportements. Comme l'explique Nate Hagens, notre espèce est guidée par une biologie évolutive (quête de statut, de dopamine et évitement de la douleur) qui la pousse naturellement vers l'escompte hyperbolique et le court-termisme. Lorsque cette architecture neuronale a percuté l'abondance fossile, elle a donné naissance à un « superorganisme » économique axé sur une croissance aveugle.​​

​​​Le système économique agit dès lors comme un puissant amplificateur de nos failles cognitives. Le psychologue Tim Kasser a démontré que notre modèle hyper-stimule les valeurs extrinsèques (richesse matérielle, statut social) en étouffant les valeurs intrinsèques (empathie, communauté) qui fondaient les sociétés égalitaires.

 

Mais le système ne se contente pas d'amplifier nos comportements : il sélectionne et promeut activement les personnalités les mieux adaptées à sa logique prédatrice. Le psychologue Scott Barry Kaufman a en effet montré que les structures hiérarchiques et compétitives favorisent ce qu'on nomme la « triade sombre » — une combinaison de narcissisme, de machiavélisme et de psychopathie — au détriment de la « triade lumineuse » (empathie, compassion, altruisme).

 

Ce n'est pas que nos élites seraient naturellement prédatrices : c'est que le système récompense structurellement ces traits et marginalise les autres dans les espaces de pouvoir.

Il crée ainsi un cercle vicieux auto-entretenu : les incitatifs économiques récompensent l'extraction rapide et le gain immédiat, pendant que les institutions de pouvoir élèvent ceux qui en sont les plus féroces représentants, étouffant les voix portant les valeurs de soin et de réciprocité. ​​

Triade sombre vs lumineuse

Triade sombre vs lumineuse

Synthèse des principaux facteurs culturels aggravants la situation écologique

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  1. Schema inspiré de Lefeevre Thierry. (2016). Sortir de l'impasse qu'est-ce qui freine la transition écologique? Editions MultiMondes.

  2. IPBES (2024). Summary for Policymakers of the Thematic Assessment Report on the Underlying Causes of Biodiversity Loss and the Determinants of Transformative Change and Options for Achieving the 2050 Vision for Biodiversity of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES secretariat, Bonn, Germany. DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.11382230

🔄 Le renversement des polarités : Réinventer nos mythes et nos incitatifs

Pour briser cette boucle, il ne s'agit pas de réprimer une partie de notre nature humaine, mais d'opérer un véritable renversement des polarités de notre société.

 

En philosophie, le principe de l'énantiodromie nous apprend que tout système poussé à son extrême finit naturellement par appeler son contraire. L'hyper-individualisme et la déconnexion ont atteint un tel sommet de destruction que ce basculement n'est plus une utopie radicale : c'est un rééquilibrage vital, un simple effet de balancier. Il suffit d'imaginer une boussole dont on inverserait le champ magnétique : le « Nord » qui guide nos décisions politiques et économiques ne pointerait plus vers l'accumulation infinie, mais vers la préservation de l'habitabilité du monde.

Ce changement de polarité doit s'opérer sur deux niveaux :

1. Au niveau de l'infrastructure sociétale (base matérielle): Rediriger l'aimant de la réussite
Le premier verrou à faire sauter est celui de nos règles économiques. Les efforts de transition sont actuellement écrasés parce que nos institutions financent littéralement notre destruction (via les subventions fossiles, par exemple). L'inversion des polarités, concrètement, signifie modifier l'architecture de ces incitatifs. Puisque notre cerveau est naturellement câblé pour chercher de la dopamine, du statut et de l'appartenance, utilisons cette force au lieu de la combattre. Il s'agit d'inverser ce qui procure du prestige et de la reconnaissance : la réussite sociale ne se mesurera plus à l'aune de la consommation ostentatoire ou de l'extraction, mais à travers le soin (care), la réparation et la contribution collective. Une démocratisation de l'économie où l'utilité sociale et la préservation de la biosphère remplacent l'accumulation privée comme véritable boussole de nos institutions. 

2. Au niveau de la superstructure sociétale

Changer les lois de l'économie ne suffira pas si nous gardons la même mentalité qui la engendré. Il faut d'abord cesser de percevoir la Terre et autres humains comme un simple entrepôt de ressources à notre disposition — un réflexe hérité de notre histoire coloniale et industrielle.

L'anthropologue Arturo Escobar propose d'embrasser ce qu'il nomme le « Plurivers » : c'est simplement accepter que notre modèle occidental n'est pas la seule bonne façon de vivre, et qu'il existe de multiples mondes possibles sur notre planète.

Ce changement profond de regard (notre vision du monde) exige de nous tourner vers les savoirs autochtones. Leurs cultures nous invitent à ne pas viser à se considérer comme jardiniers de la nature (stewardship) pour adopter une véritable posture de parenté et de réciprocité (kinship). En d'autres termes, nous devons arrêter de nous comporter comme les directeurs d'une usine naturelle pour redevenir les membres d'une grande famille du vivant.

La véritable métamorphose se trouve là, dans la réinvention de l'histoire que nous nous racontons. Nous devons corriger un vieux mythe : l'évolution de la vie n'a jamais été la stricte compétition du « plus fort » pour sa survie. Elle est avant tout une immense coopération, ce que la science nomme une sympoïèse (qui signifie littéralement « faire ou créer ensemble »). 

 

Le levier le plus profond:

Dans l'architecture des systèmes complexes, la chercheuse Donella Meadows nous enseigne que les leviers de transformation les plus profonds se trouve dans le changement du paradigme qui donne naissance au système lui-même.


Bâtir une société en symbiose avec la toile de la vie n'exige donc pas d'attendre une illumination collective totale. C'est plutôt un processus itératif : chaque fois que ce déclic intérieur (notre reconnexion émotionnelle et ontologique au vivant) parvient à amener un nouveau regard sur les règles de nos institutions politiques et économiques, nous fragilisons un peu le mythe fondateur sur lequel repose la force et la "légitimité" des structures de destruction institutionnalisés. 

 

Comme dans le conte Les Habits neufs de l'empereur, le système extractiviste ne tient en réalité que par le silence collectif et la croyance partagée en sa légitimité, comme un culte construit sur un mythe. Il suffit qu'un nombre croissant de voix nomment clairement l'évidence — un roi nu, un modèle épuisé — pour que la légitimité du système s'effrite.

Les anciens mythes ne meurent pas par la force : ils s'évaporent dès que le consentement collectif d'y croire se retire.

Le verrouillage politique et systémique

Principal message de cette section: 

Le vrai obstacle à la transition écologique n'est pas technique, mais politique : une élite financière et extractiviste contrôle à la fois les règles du jeu et le tableau de pointage (le PIB), et résiste activement à tout changement qui menacerait ses intérêts.

 

Tant que la réussite collective se mesure à la croissance économique, le système se perpétue et neutralise les transformations nécessaires.

Ces causes culminent avec un problème de blocage du changement systémique requis selon les rapports de forces en place.

La question n'est donc pas seulement de savoir quoi changer, mais pourquoi ce changement ne se produit pas.

Le dernier rapport du GIEC sur l'atténuation (IPCC, AR6, WIII, 2022) & le rapport de IPBES sur la biodiversité (IPBES, 2024) convergent vers le même diagnostic : dans le contexte occidental, l'obstacle central est de nature politique.

Causes du problème

La politique, c’est l’espace collectif où se joue l’organisation de la société.

C’est l’ensemble des processus par lesquels les gens/acteurs se rassemblent, débattent, négocient et prennent des décisions sur ce qui est important pour vivre ensemble : les visions du monde, lois, les règles du jeu, la distribution des ressources, les priorités collectives.

La politique concerne les rapports de pouvoir, mais elle est aussi un lieu de choix, de conflits, de compromis et d’imagination du futur.

 

Elle se joue partout où les gens et organisations cherchent à influencer le cours des choses.

Si le pouvoir est la capacité d’agir, la politique est l’organisation collective de cette capacité d’agir

Sur la scène politique, l’avenir du vivant et des populations est compromis par les intérêts à court terme d’une élite détenant une position dominante sur leviers du pouvoir. 

 

Elle est davantage soucieuse de préserver son rapport de force et ses privilèges à court terme que de servir le bien commun sur le long terme.

Ce n’est pas “l’humanité” qui a empoisonné tant de vies humaines et non humaines sur la Terre, mais plutôt une petite minorité très puissante de l’humanité, et l’ordre qu’elle a imposé à toute la vie terrestre. 

 

Robyn Maynard - Rehearsals for Living (article)

La société étant présentement dans un système socio-technique (voir encadré ci-bas) où les rapports de force sont dominés par les acteurs financiers et productivistes.

Un système socio-technique est constitué d'un ensemble de liens (économiques, culturels, sociaux, influence) entre différents acteurs forts formant une toile d'acteurs avec une vision du monde commune.

 

Cette toile d'acteurs (appelé Régime) adopte des stratégies économiques et techniques cohérentes entre elles pour soutenir un objectif commun, donnant à ce système une grande stabilité devant l'action d'acteurs en périphérie qui voudraient diverger de l'objectif du système.

Le but d'un système est ce qu'il fait.

Il est inutile de prétendre qu’un système a pour but quelque chose qu’il échoue constamment à accomplir.

Anthony Stafford Beer - Théoricien des systèmes

Ancre Socio-Technique

Objectif du système actuel:
Croissance économique

Maximiser la transformation de la biosphère en capital économique (PIB) au bénéfice d’acteurs dotés de pouvoir en externalisant les effets négatifs (biosphère, sociaux).

Neutraliser ou retarder les transformations qui remplaceraient le PIB par un ensemble d’indicateurs de prospérité humaine et planétaire de poids équivalent.

End GDP mania : How the world should really measure prosperity. (2025). Nature, 646(8083), 7‑7. https://doi.org/10.1038/d41586-025-03144-y
 

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Cette croissance économique accélère la concentration de la richesse et alimente une boucle de rétroaction qui accroit le rapport de force du système socio-technique dominant.  

La croissance économique (taille de l'économie) est directement corrélée avec la dégradation de la biosphère et les émissions de gaz à effet de serre (GES)

Ce qui explique (grossièrement) pourquoi il y a une résistance de ces acteurs à toute mesure significative venant réduire les émissions et protéger les écosystèmes.​

Pour en savoir plus: l'équation de Kaya expliquée  (1)

 

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Le véritable « nœud gordien » réside dans la capture simultanée de deux leviers par ceux qui en profitent :

  1. Les mécanismes d’incitatifs et de régulation -  les règles du jeu :

    • le système sociotechnique récompense les acteurs capables de dissocier, voire de masquer, leur réussite financière ou politique de leurs externalités négatives.

  2. La définition même de ce qui constitue le « succès » - le tableau de pointage :

    • Imposition des indicateurs de progrès (profits trimestriels, croissance du PIB, gains politiques à court terme).

​​

  • L’économie mondiale doit être radicalement transformée afin de ne plus récompenser la pollution et le gaspillage. Nous devons accorder une valeur réelle à l’environnement et aller au-delà du produit intérieur brut comme mesure du progrès humain et du bien-être. Antonio Guterres - Secrétaire général des Nations Unies (2,3)

  • La domination du PIB n’est pas un accident : elle s’explique par le fait que le PIB mesure ce qui a de la valeur pour le capital. C’est donc la structure même du capitalisme qu’il faut, au final, dépasser. Jason Hickel - anthropologue et économiste politique

Image by Ross Sneddon

Quelle est l'amplitude du changement requis?

Principal message de cette section: 

La science est claire : le changement requis est profond, systémique et politique. Il s'agit de passer d'une société organisée autour de la croissance économique à une société dont l'objectif est le bien-être humain à l'intérieur des limites planétaires.

 

Cela exige non seulement des réformes techniques, mais une transformation de nos fondements : notre rapport au vivant (cesser de voir la nature comme un objet) et nos valeurs collectives. 

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC, AR6, WIII) affirme que:

  1. nous avons besoin d'un profond changement systémique des sociétés;

  2. que ce changement est possible avec les solutions techniques déjà existantes.

La nature du changement requis étant ainsi par définition politique et systémique pour passer d'un système ayant pour but la croissance économique à un système dont l'objectif est le bien être humain à l'intérieur des limites planétaires.

Pour aller plus en profondeur: Arthur Keller - Sommet européen Climate chance europe 2024

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Pour un changement de cette ampleur, nous devons également aller à la racine, aux fondements mêmes de ce qui organise ce système.

1. Notre rapport au monde (ontologie)

  • Sortir de la vision d’un humain séparé de la nature, pour reconnaître notre interdépendance avec le vivant.

  • Comprendre le monde non comme un ensemble d’objets à exploiter, mais comme un réseau d’êtres interconnectés.

​​

2. Ce à ce quoi nous accordons de la valeur, nos priorités (axiologie)

  • Délaisser les valeurs dominantes de notre modernité occidentale notamment la croissance infinie, l'efficacité à tout prix, la compétition et l’accumulation.

  • Remplacer par de nouvelles valeurs comme l'interdépendance, la coopération, la sobriété, l'humilité, le respect du vivant, la responsabilité.

​​

IPBES (2024). Summary for Policymakers of the Thematic Assessment Report on the Underlying Causes of Biodiversity Loss and the Determinants of Transformative Change and Options for Achieving the 2050 Vision for Biodiversity of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES secretariat, Bonn, Germany. DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.11382230

 

Il n'y aura pas de solutions à la crise tant qu'un mode de rapport au vivant destructeur demeure vérouillé sur lui-même.

Devictor, V. (2021). Gouverner la biodiversité ou comment réussir à échouer: conférence-débat oganisée par le groupe Sciences en questions en visioconférence, le 4 décembre 2020.

Il y a ici un grand défi d'imagination pour définir une nouvelle vision du monde différente de l'actuelle.

 

Une vision d'un monde viable et désirable pour notre avenir commun.

Que voulons-nous vraiment?​​

Et maintenant?

Avec ce changement d'une ampleur inédite, les rapports des instances internationales liés à l'organisation des Nations-Unies affirment que des transitions en profondeur dans l'ensemble des secteurs de la société sont nécessaires.​​

 

Il y a 4 principaux axes que à travers chacun des secteurs doit se métamorphoser:

  1. Sur le plan culturel : en faisant évoluer nos systèmes de valeurs, nos visions du monde et notre niveau de conscience.

  2. Sur le plan politique : en transformant la gouvernance, les institutions, les lois et les rapports de pouvoir.

  3. Sur le plan économique : en développant des modèles d'échange, de gestion des ressources et d'organisation qui respectent les limites planétaires.

  4. Sur le plan technologique : en repensant nos infrastructures et nos modes de production, tout en soumettant l'innovation à une évaluation réflexive et un encadrement politique.

Transversal: Une logique de sobriété et une vigilance face aux effets rebond.

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​Ce type de transition en profondeur dans l'ensemble des secteurs de la société est appelé transition socioécologique (TSE).

« La transition socioécologique est un changement radical des systèmes politiques, économiques, technologiques et culturels pour rendre les modes de développement plus cohérents avec les limites planétaires et le bien-être humain.»

Définition Olivier Riffon - Voir Annexe 2

Pour en savoir plus sur la transition socioécologique (TSE)

Fiches d'informations du TIESS

Chemins de transitions

Praxis​

©2026  Pareto

Version préliminaire : v20260417

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