La situation
Comprendre la situation exige d’accepter de regarder le système tel qu’il est, non tel que nous souhaiterions qu’il soit.
Le diagnostic peut sembler sévère, mais il vise à nourrir la lucidité nécessaire pour agir avec impact.
L'état critique de la santé planétaire
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Crowther, T., Glick, H., Covey, K. et al. Mapping tree density at a global scale. Nature 525, 201–205 (2015). https://doi.org/10.1038/nature14967
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IPBES (2019), Global assessment report of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, Brondzio, E. S.,Settele, J., D.az, S., Ngo, H. T. (eds). IPBES secretariat, Bonn, Germany. 1144 pages. ISBN: 978-3-947851-20-1 Lien vers rapport
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WWF (2024) Living Planet Report 2024 – A System in Peril. WWF, Gland, Switzerland- Lien vers rapport
Les limites planétaires
En ce moment, les espèces disparaissent à un rythme de 1000 à 10 000 fois plus élevé que le rythme d'extinction naturel.

Living planet index - Indice de santé de la biosphère par rapport à 1970 - WWF
Une situation que de plus en plus de scientifiques qualifie de 6e extinction de masse de la planète Terre.
Les limites planétaires, cadre scientifique élaboré par le Stockholm Resilience Center, définit les seuils environnementaux que l'humanité ne doit pas dépasser pour éviter des perturbations catastrophiques du système Terre.
Bilan de santé des limites planétaires
En date de septembre 2025, sur les 9 limites identifiées, 7 ont déjà été franchies.
Ces limites planétaires représentent les piliers de l'habitabilité de la planète.
En suivant la trajectoire actuelle du modèle de développement dominant à l'échelle planétaire (extraction des ressources, destruction des habitats, pollution), les conditions qui rendent possible une vie riche et diversifiée sur Terre sont en train de disparaître.
Pour aller plus loin:

Perspectives sociétales sur les limites planétaires
Scientifiques
La communauté scientifique parle désormais d’une "urgence tous azimuts" (octobre 2024).
Plus de 15 000 chercheurs ont signé un manifeste manifeste (Version française) pour donner l'heure juste par rapport à la gravité de la situation.
Il s’agit du quatrième appel collectif de la communauté depuis le Sommet de la Terre à Rio en 1992
Aujourd'hui, ces experts appellent les citoyens à s’engager activement, et nombre d’entre eux prennent eux-mêmes la parole publique pour alerter et mobiliser.
Acteurs des différents milieux de la société
Selon un sondage du World Economic Forum, les différents groupes d'acteurs de la société estiment que les plus grands risques des 10 prochaines années viennent du dépassement des limites planétaires.

Global Risks Report 2025 | World Economic Forum. (2025). World Economic Forum. https://www.weforum.org/publications/global-risks-report-2025/
Organisation des Nations-Unies (ONU)
Le rapport « Making Peace with Nature » (UNEP, 2021) synthétise les principales évaluations scientifiques mondiales sur le climat, la biodiversité et la pollution pour montrer que ces crises interconnectées menacent directement le bien-être humain et la stabilité de la planète. Le mot d'ouverture du rapport par le secrétaire général de l'ONU résume la situation: "L’humanité mène une guerre contre la nature. C’est insensé et suicidaire.".
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United Nations Environment Programme. (2021). Making Peace with Nature : A Scientific Blueprint to Tackle the Climate, Biodiversity and Pollution Emergencies. United Nations. https://www.unep.org/resources/making-peace-nature
Le rapport parle d'un état d'urgence planétaire, il appelle à transformer en profondeur nos systèmes économiques et sociaux afin de respecter les limites planétaires pour garantir un avenir à l'humanité.
Antonio Guterres
Secrétaire Général - Organisation Nations Unies -
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Discours sur l'état de la planète - 2 déc. 2020: "Faire la paix avec la nature est la tâche déterminante du 21e siècle. Cela doit être la priorité absolue pour tous, partout."
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Discours des priorités 2023 - 6 février 2023: L’année 2023 est une année charnière. Elle doit être celle d’une action climatique qui change la donne.
Il nous faut une révolution pour stopper la destruction.
L'habitabilité de la terre pour soutenir les civilisations humaines complexes et une biodiversité riche est en jeu au cours des prochaines décennies.
La situation est d'une gravité sans précédent dans l'histoire.
Elle constitue le défi existentiel de l'humanité.
Steffen, W., Rockström, J., Richardson, K., Lenton, T. M., Folke, C., Liverman, D., Summerhayes, C. P., Barnosky, A. D., Cornell, S. E., Crucifix, M., Donges, J. F., Fetzer, I., Lade, S. J., Scheffer, M., Winkelmann, R., & Schellnhuber, H. J. (2018). Trajectories of the Earth System in the Anthropocene. Proceedings of the National Academy of Sciences, 115(33), 8252‑8259. https://doi.org/10.1073/pnas.1810141115
Les causes profondes
Selon le rapport de l'IPBES sur le changement transformateur (résumé 1,2) sur les causes de la perte de biodiversité, la cause profonde est une crise de notre relation avec le vivant et entre nous.

Causes sous-jacentes, facteurs indirects et facteurs directs de la perte de biodiversité et du déclin de la nature
IPBES (2024). Summary for Policymakers of the Thematic Assessment Report on the Underlying Causes of Biodiversity Loss and the Determinants of Transformative Change and Options for Achieving the 2050 Vision for Biodiversity of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES secretariat, Bonn, Germany. DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.11382230
Le rapport identifie 3 causes profondes qui interagissent fortement et se renforcent mutuellement:
🌿 1. La déconnexion et la domination de la nature et des personnes
C’est le schéma culturel, historique et institutionnel qui :
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sépare l’humain de la nature,
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considère la nature comme une ressource à exploiter,
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et reproduit des rapports de domination entre les groupes humains.
Ce pattern s’enracine dans des visions du monde, le colonialisme, la modernité et les systèmes économiques extractifs.
🏦 2. La concentration du pouvoir et de la richesse
Une petite minorité concentre :
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les bénéfices économiques,
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les ressources naturelles,
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l’influence politique.
Cette concentration crée des inégalités structurelles et alimente des décisions qui privilégient les intérêts privés au détriment du vivant.
💸 3. La priorité accordée aux gains à court terme, individuels et matériels
Les systèmes économiques et sociaux actuels :
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valorisent la croissance du PIB,
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renforcent la consommation et l’individualisme,
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favorisent les bénéfices immédiats plutôt que la santé des écosystèmes et la justice sociale.
Cette logique court-termiste bloque les transformations nécessaires.
Cette déconnexion n’est pas un phénomène individuel : elle résulte de visions du monde, d’héritages historiques et de structures sociales qui façonnent nos sociétés depuis des siècles voir des millénaires selon certains auteurs.
🔄 La boucle complète : un système auto-stabilisant
Les trois causes interagissent pour former un système verrouillé, où :
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La déconnexion permet l’exploitation
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L’exploitation concentre le pouvoir
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Le pouvoir concentré renforce les systèmes économiques des gains rapides
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Le court-termisme dégrade les relations au vivant et la solidarité sociale
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La déconnexion s’aggrave
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Le système continue de s’auto-alimenter
C’est exactement ce que l’IPBES nomme une configuration persistante et systémique.
Synthèse des principaux facteurs culturels aggravants la situation écologique

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Schema inspiré de Lefeevre Thierry. (2016). Sortir de l'impasse qu'est-ce qui freine la transition écologique? Editions MultiMondes.
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IPBES (2024). Summary for Policymakers of the Thematic Assessment Report on the Underlying Causes of Biodiversity Loss and the Determinants of Transformative Change and Options for Achieving the 2050 Vision for Biodiversity of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES secretariat, Bonn, Germany. DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.11382230
Le problème
Ces causes culminent avec un problème de blocage du changement systémique requis selon les rapports de forces en place.
Selon le dernier rapport du GIEC sur l'atténuation (IPCC, AR6, WIII, 2022) & le rapport de IPBES sur la biodiversité (IPBES, 2024), dans le contexte de l'occident et du Québec, le problème est principalement une profonde crise politique.

IPCC, AR6, WGIII, Chapitre 1 sections 1.4.5 (p.170/183)
La politique, c’est l’espace collectif où se joue l’organisation de la société.
C’est l’ensemble des processus par lesquels les gens/acteurs se rassemblent, débattent, négocient et prennent des décisions sur ce qui est important pour vivre ensemble : les visions du monde, lois, les règles du jeu, la distribution des ressources, les priorités collectives.
La politique concerne les rapports de pouvoir, mais elle est aussi un lieu de choix, de conflits, de compromis et d’imagination du futur.
Elle se joue partout où les gens et organisations cherchent à influencer le cours des choses.
Si le pouvoir est la capacité d’agir, la politique est l’organisation collective de cette capacité d’agir
Sur la scène politique, l’avenir du vivant et des populations est compromis par les intérêts à court terme d’une élite détenant une position dominante sur leviers du pouvoir.
Elle est davantage soucieuse de préserver son rapport de force et ses privilèges à court terme que de servir le bien commun sur le long terme.
Ce n’est pas “l’humanité” qui a empoisonné tant de vies humaines et non humaines sur la Terre, mais plutôt une petite minorité très puissante de l’humanité, et l’ordre qu’elle a imposé à toute la vie terrestre.
Robyn Maynard - Rehearsals for Living (article)
La société étant présentement dans un système socio-technique (régime) où les rapports de force sont dominés par les acteurs financiers et productivistes.
Un système socio-technique est constitué d'un ensemble de liens (économiques, culturels, sociaux, influence) entre différents acteurs forts formant une toile d'acteurs avec une vision du monde commune.
Cette toile d'acteurs adopte des stratégies économiques et techniques cohérentes entre elles pour soutenir un objectif commun, donnant à ce système une grande stabilité devant l'action d'acteurs en périphérie qui voudraient diverger de l'objectif du système.
Le but d'un système est ce qu'il fait.
Il est inutile de prétendre qu’un système a pour but quelque chose qu’il échoue constamment à accomplir.
Anthony Stafford Beer - Théoricien des systèmes
Objectif du système actuel:
Croissance économique
Maximiser la transformation de la biosphère en capital économique en externalisant les effets négatifs (biosphère, sociaux) au bénéfice d’acteurs dotés de pouvoir.
Le tout en évitant toute transformation radicale susceptible de menacer cette dynamique.
End GDP mania : How the world should really measure prosperity. (2025). Nature, 646(8083), 7‑7. https://doi.org/10.1038/d41586-025-03144-y

Cette croissance économique accélère la concentration de la richesse et alimente une boucle de rétroaction qui accroit le rapport de force du système socio-technique dominant.
La croissance économique (taille de l'économie) est directement corrélée avec la dégradation de la biosphère et les émissions de gaz à effet de serre (GES)
Pour en savoir plus: l'équation de Kaya expliquée
Ce qui explique (grossièrement) pourquoi il y a une résistance de ces acteurs à toute mesure significative venant réduire les émissions et protéger les écosystèmes.
Correlation entre émissions de Co2 et PIB (Equation de Kaya)

Quelle est l'amplitude du changement requis?
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC, AR6, WIII) affirme que:
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nous avons besoin d'un profond changement systémique des sociétés;
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que ce changement est possible avec les solutions techniques déjà existantes.
La nature du changement requis étant ainsi par définition politique et systémique pour passer d'un système ayant pour but la croissance économique à un système dont l'objectif est le bien être humain à l'intérieur des limites planétaires.
Pour aller plus en profondeur: Arthur Keller - Sommet européen Climate chance europe 2024

Pour un changement de cette ampleur, nous devons également aller à la racine, aux fondements mêmes de ce qui organise ce système.
1. Notre rapport au monde (ontologie)
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Sortir de la vision d’un humain séparé de la nature, pour reconnaître notre interdépendance avec le vivant.
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Comprendre le monde non comme un ensemble d’objets à exploiter, mais comme un réseau d’êtres interconnectés.
2. Ce à ce quoi nous accordons de la valeur, nos priorités (axiologie)
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Délaisser les valeurs dominantes de notre modernité occidentale notamment la croissance infinie, l'efficacité à tout prix, la compétition et l’accumulation.
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Remplacer par de nouvelles valeurs comme l'interdépendance, la coopération, la sobriété, l'humilité, le respect du vivant, la responsabilité.
IPBES (2024). Summary for Policymakers of the Thematic Assessment Report on the Underlying Causes of Biodiversity Loss and the Determinants of Transformative Change and Options for Achieving the 2050 Vision for Biodiversity of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES secretariat, Bonn, Germany. DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.11382230
Il n'y aura pas de solutions à la crise tant qu'un mode de rapport au vivant destructeur demeure vérouillé sur lui-même.
Devictor, V. (2021). Gouverner la biodiversité ou comment réussir à échouer: conférence-débat oganisée par le groupe Sciences en questions en visioconférence, le 4 décembre 2020.
Il y a ici un grand défi d'imagination pour définir une nouvelle vision du monde différente de l'actuelle.
Une vision d'un monde viable et désirable pour notre avenir commun.
Que voulons-nous vraiment?

Et maintenant?
Avec ce changement d'une ampleur inédite, les rapports des instances internationales liés à l'organisation des Nations-Unies affirment que des transitions en profondeur dans l'ensemble des secteurs de la société sont nécessaires.

Ce type de transition en profondeur dans l'ensemble des secteurs de la société est appelé transition socioécologique (TSE).
« La transition socioécologique est un changement radical des systèmes politiques, économiques, technologiques et culturels pour rendre les modes de développement plus cohérents avec les limites planétaires et le bien-être humain. » O Riffon
Pour en savoir plus sur la transition socioécologique (TSE)
Fiches d'informations du TIESS
Chemins de transitions
Praxis
Nous proposons d'oeuvrer pour la création d'un système qui oeuvre pour le vivant et le bien-être collectif comme alternative au système dominant actuel axé sur l'accumulation de pouvoir.
L'objectif à grand échelle est une civilisation écologique où nous tendons progressivement vers une symbiose avec la biosphère.
Dans cette perspective, il s’agit de repenser en profondeur nos systèmes économiques (se diriger vers une économie regénérative), politiques et culturels afin qu’ils soutiennent la vie plutôt que de la fragiliser.
Une civilisation écologique suppose, par exemple, que la production d’énergie, l’aménagement du territoire, l’agriculture et même nos modes de consommation soient organisés de façon à préserver les écosystèmes, restaurer les milieux dégradés et réduire au minimum notre empreinte écologique.
Atteindre une symbiose mutualiste avec la biosphère signifie que chaque activité humaine contribue, directement ou indirectement, à la santé des sols, de l’eau, du climat et du vivant, de sorte que le bien-être humain et le bien-être des autres espèces se renforcent mutuellement.



